mercredi 25 avril 2012

Le Mal veut que le Bien soit fait





Le poète persan Rûmî raconte que Mùâwiya, premier calife de la dynastie des Omyeyyades dormait un jour dans son palais quand il fut réveillé par un homme étrange.
-Qui es-tu ? demanda-t-il.
-Je suis Lucifer, répondit l’autre.
- Et que désires-tu ici ?
-C’est déjà l’heure de la prière, et tu continues à dormir. 

Mùâwiya fut impressionné. Comment le prince des ténèbres, celui qui désire toujours l’âme des hommes de peu de foi, voulait-il l’aider à accomplir un devoir religieux ?
Mais Lucifer expliqua :
rappelle-toi que j’ai été créé comme un ange de lumière. Malgré  tout ce qui m’est arrivé dans l’existence, je ne peux pas oublier mon origine. Un homme peut aller à Rome ou à Jérusalem, il porte  toujours dans son cœur  les valeurs de sa patrie : c’est la même chose pour moi. J’aime toujours le Créateur , qui m’a nourri quand j’étais jeune et m’a appris à faire le bien. Quand je me suis révolté contre lui, ce n’est pas parce que je ne l’aimais pas, bien au contraire, je l’aimais tellement que j’ai été jaloux quand il a créé Adam. A ce moment là, j’ai voulu défier le Seigneur , et cela a causé ma ruine ; pourtant, je me rappelle des bénédictions qui m’ont été données un jour , et peut être qu’n agissant bien je pourrais retourner au Paradis
Mùâwiya répondit :
 Je ne peut croire ce que tu me dit. Tu es responsable de la destruction de beaucoup de gens sur la face de la terre.
-Crois- le, insista Lucifer. Seul dieu peut construire et détruire, parce qu’il est le Tout-Puissant. C’est lui, en créant l’homme, qui a mis dans les attributs de la vie le désir, la vengeance, la compassion et la peur. Par conséquent, quand tu vois le mal autour de toi, ne m’accuse pas, car je suis seulement le miroir des malheurs qui  arrivent.
Convaincu que quelque chose clochait, Mùâwiya se mit à prier désespérément afin que Dieu l’éclairât. Il passa toute la nuit  à discuter avec Lucifer, et malgré les arguments brillants qu’il entendit, il ne se laissa pas convaincre.
Alors que le jour se levait, Lucifer céda enfin, expliquant :
 C’est bien, tu as raison. Quand, cet après-midi je suis venu te réveiller pour que tu ne manques pas l’heure de la prière, mon intention n’était pas de te rapprocher de la lumière divine.
Je savais que si tu n’accomplissais pas tes obligations, tu ressentirais une profonde tristesse, et que les jours suivants tu prierais avec une fois redoublée, demandant pardon pour avoir oublié le rituel correct. Aux yeux de Dieu, chacune de ces prières faites avec amour et repentir équivaudrait à deux cents prières faites de façon automatique. Tu serais finalement plus pur et inspiré, Dieu t’aimerait davantage, et je serais plus loin de ton âme.
Lucifer disparut, et un ange de lumière entra peu après :
N’oublie jamais la leçon d’aujourd’hui, dit-il à Mùâwiya. Le mal se déguise parfois en émissaire du bien, mais son intention secrète est de provoques plus de destruction.
Ce jour-là et les jours suivants, Mùâwiya pria plein de repentir, de compassion et de foi. Dieu entendit mille fois ses prières.

Paulo Coelho-comme le fleuve qui coule

Je termine ce message par une citation de Aurélien Scholl:
« L’apparence est un rideau derrière lequel on peut faire tout ce que l’on veut, mais qu’il est essentiel de tirer »




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